Cinq mandats, un score record selon lui, une déclaration d’amour mais seulement à ses électeurs, en ce dimanche 29 mars, Serge Grouard a repris les rênes d’Orléans comme on reprend une habitude bien installée, sans trembler et avec le confort de cour et tout l’obséquiosité de ses courtisans. Mais il n’a évidement pas convaincu ceux qui observent avec un regard sans étoiles mais sans doute plsu éclairé. Car Serge Grouard a surtout présenté du vide et de ce discours, on retiendra une chose et on repartira avec une certitude : A Orléans le pouvoir dure, et il dure longtemps. Trop longtemps.
Dans la salle du conseil municipal, les mots sont sortis de la bouche de Serge Grouard comme ils le sont souvent chez lui, fluides et maîtrisés, presque trop. En animal politique qu’il est, il a appuyé ses remerciements en oubliant de saluer les orléanais dans leur ensemble, il a contenu son émotion et livré son petit récit personnel. Serge Grouard a narré son rêve d’adolescent devenu réalité, son enfant né lors de son premier mandat qui aura 30 ans à la fin du dernier, ce qui est en soit un réel problème et tout cela pour nous dire d’une certaine manière qu’Orléans, c’est lui. Depuis longtemps.
Mais très vite, le discours a dérapé, ou plutôt glissé vers tout autre chose. Un terrain plus confortable pour lui et moins risqué. Cette élection, « ce n’est pas d’ordre politique. C’est humain. ». Voilà on y est.
En quelques mots, Serge Grouard opère un tour de passe-passe classique mais redoutablement efficace qui consiste à effacer le politique au profit du lien personnel. Plus de clivage, plus de débat, plus de confrontation car à la place, il met en avant une relation presque intime avec “ses” Orléanais. Une affection, dit-il, que “les observateurs ne comprennent pas”, ingrats ignorants.
On comprend surtout qu’elle arrange bien le très droitier maire d’Orléans. Car en sortant la politique du champ politique, il neutralise tout ce qui pourrait venir le contester. Les oppositions deviennent anecdotiques, les désaccords secondaires, les critiques presque déplacées. Il veut tout simplement nous dire qu’on ne débat pas avec quelqu’un qu’on apprécie, on lui fait confiance. Et c’est dans ce sens que l’une des toutes premières mesures prise par Grouard est de décider qu’il pourra sans débat et sans consultation, œuvrer pour la ville à concurrence d’un million d’euros. Oui, vous avez bien lu. Toute dépense qui ne dépasse pas cette somme sera tranquillement prise…
Le reste du discours a déroulé une partition connue. Une litanie de poncifs, du monde qui va mal à cause du dérèglement climatique, à l’instabilité globale, sans oublier l’“incurie des gouvernants” . Mais ces problèmes, le maire les balaie d’un revers car ici, à Orléans, on tiendra bon. Grouard se pose en rempart local face au chaos global en tant que figure rassurante, presque paternelle.
Et puis il y a l’action. Ou plutôt son récit. Il va aller vite et fort avec une avalanche de projets : Place d’Arc relancée, tiers-lieu pour la jeunesse, festival de rap, renforcement de la police municipale, pôle santé, halles, jardins, commerce, énergie… Tout avance, tout est lancé, tout est déjà en route. Trop, peut-être. Car à force de tout annoncer, on ne hiérarchise plus rien. Le discours devient catalogue, la vision se dilue. Et derrière la promesse d’efficacité, ce n’est “pas une stratégie de moyens, mais de résultats”, nous dit-il, et se dessine un modèle bien connu : gouverner vite, gouverner fort, gouverner seul. Ou presque.
Car le collectif est là, bien sûr. Il est même célébré. “Les individus perdent, les équipes gagnent”, dit Grouard, en convoquant une métaphore rugbystique. Mais dans ce “môle” qu’il appelle de ses vœux, la direction reste claire. Une équipe soudée, oui. Mais autour d’un chef. Rien de surprenant, au fond. Après vingt-cinq ans de pouvoir, on ne change pas le logiciel.
Ce qui frappe davantage, c’est ce qui manque. Pas un mot, ou presque, sur les fractures sociales concrètes. Pas de visages, pas d’histoires, pas de situations. La ville est décrite mais elle n’est jamais vécue. Les habitants sont évoqués, rarement incarnés. Quant à la participation citoyenne, elle est tout simplement absente. Les orléanais qui n’ont pas voté pour lui ? Oublié
Orléans est “belle”, “robuste”, “humaine”, “vivante”. Une ville adjectivée, parfaitement marketée, mais dont les tensions réelles restent hors champ.
Au fond, ce discours ne cherche pas à ouvrir un nouveau chapitre. Il confirme un état de fait. Serge Grouard ne conquiert plus Orléans, il l’occupe, avec méthode et constance. Et les Orléanais, pour beaucoup, semblent s’en satisfaire.
Reste une question, en suspens. Dans une ville où tout paraît maîtrisé, où le politique s’efface derrière l’affect, où le débat se fait discret, qui parle encore quand tout le monde est d’accord ?
Le petit clan autour de Serge V est prêt à gouverner. A l’opposition et aux partis de gauche de reconstruire quelque chose. Mais tous ensemble cette fois, sans excuses d’appareil et pour le bien des orléanais. De LFI à Tous Orléans, la place est pour tous. Mais surtout pour les orléanais de gauche loin des partis et des appareils, loin des éléphants et des arrangements.
Un autre orléans est possible car Orléans vaut mieux que ça.
