Il y a des mots qu’on use jusqu’à la corde parce que l’air du temps nous le demande. Et c’est souvent sans y croire mais juste par paraître. Vivre-ensemble est un de ses concepts. Un concept vidé de son sens à force d’être recyclé dans des discours tièdes, des inaugurations sans relief, des plaquettes glacées, des discours de candidat en quête d’une élection alors qu’il se moque de ce qu’il peut être. A Orléans, ce week-end, le terme a retrouvé un peu de chair et de vie et, fait notable, sans passer par la case langue de bois.

Au parc Minouflet, au cœur du quartier de La Source, le Festival du Vivre-ensemble n’a pas cherché à séduire. Il a occupé l’espace avec cœur, vérité et sincérité. Une quarantaine d’associations étaient présentes pour y animer ateliers, débats, théâtre-forum. Ici, pas de scène centrale qui écrase tout, pas d’ordre de passage ou d’importance donnée à l’un ou l’autre. Non, le Festival du Vivre-Ensemble c’est une constellation d’initiatives qui cohabitent. Le dispositif est simple, presque brut. On vient, on circule, on discute, on teste, on se confronte. Et surtout, on reste car on en a envie.

Ce qui frappe, d’abord, c’est l’absence de folklore. Pas de « diversité » mise en vitrine, pas de pédagogie infantilisante. Là, on parle discriminations, sexisme, inégalités sociales, sans chercher à édulcorer ni non plus tomber dans la posture. L’équilibre est fragile mais il tient.

Il tient car derrière cette mécanique, il y a l’association Kaléidos1 et sa présidente, Sylvia Caron. Profil inhabituel dans ce type d’événement, elle n’est ni élue en quête de visibilité, ni consultante hors-sol venue dérouler son PowerPoint. Elle n’a rien à gagner. Ou plutôt si, que tous apprennent à se rencontrer, à discuter, à vivre. Sylvia Caron, son parcours est ancré dans le vécu et ça change tout.

Elle ne vend pas du « lien social ». Elle le fabrique. À coups d’ateliers, d’outils concrets, de formats qui obligent à se positionner. Elle emmène avec elle car elle est avant tout un leader dans le vrai et bon sens du terme. Un capitaine de bateau qui nous guide vers un voyage que l’on expérimente avec plaisir.  Sa marque de fabrique repose sur un principe simple : comprendre par l’expérience plutôt que par le discours et sur le terrain, ça se traduit par des espaces où l’on ne peut pas rester spectateur trop longtemps.

Le festival reprend cette logique. On n’y vient pas pour consommer un événement, mais pour s’y frotter. Et, surprise – ou pas – ça fonctionne. Des familles, des jeunes, des militants, des curieux. Des gens qui ne se croisent pas forcément ailleurs. Ce n’est pas magique mais c’est réel. Et ce sont ainsi 600 personnes qui sont venues durant les deux jours. Une vraie réussite.

Politiquement, le choix du lieu n’est pas neutre. La Source, souvent racontée à travers ses difficultés, devient ici un point d’ancrage loin de la vitrine que l’on veut lui donner. Loin des opérations de communication descendantes car ce week-end on partait du bas. Pour que ça remonte.

Alors oui, tout n’est pas parfait. Certains formats tâtonnent, certaines discussions restent en surface. Mais l’essentiel est ailleurs. Sans doute dans la cohérence d’ensemble. Une ligne claire, tenue, qui refuse à la fois le cynisme et la naïveté.

À l’heure où beaucoup se contentent d’invoquer le vivre-ensemble comme un mantra fatigué, Kaléidos tente autre chose : lui redonner une pratique.

Et ça, dans le paysage actuel, fait de choses entendues et de poncifs éculés, c’est presque subversif.

  1. Linktree du collectif Kaleidos : <a href="https://linktr.ee/collectif_kaleidos?utm_source=linktree_profile_sharehttps://linktr.ee/collectif_kaleidos?utm_source=linktree_profile_share&ltsid=64661acc-74be-4edd-b725-08f7cd951973 ↩︎
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